Cons-la-Grandville, situé sur la Chiers, dans le département de Meurthe-et-Moselle, était le chef-lieu d'une importante seigneurie relevant du comté de Bar. Cette terre fut primitivement érigée en baronnie, puis en marquisat par lettres patentes du duc Léopold, du 3 janvier 1719, en faveur de Nicolas-François, marquis de Lambertie, premier gentilhomme de sa chambre.

Le monticule contourné par la Chiers, sur lequel a été bâti le château, est séparé du côteau qui lui fait suite vers le Nord par un large fossé formant aujourd'hui une rue. La partie située au Midi supporte l'église paroissiale et les bâtiments d'un ancien prieuré qui dépendait de l'abbaye de Saint-Hubert. On voit encore à l'angle sud-est du château les restes d'une tour dont l'origine peut remonter à la fin du XIIe ou au commencement du XIIIe siècle. C'est tout ce qui subsiste de l'ancienne résidence des sires de Cons, dont les armes sont d'argent à une branche de cinq roses de gueules, 1, 2 et 2, tigées et feuillées de sinople.

Le château et la terre de Cons-la-Grandville passèrent de cette famille dans celles des Neu-Chatel de Varize, d'Epinal, et enfin de Custine, qui les possédèrent successivement, soit en totalité, soit en partie. Martin de Custine le rebâtit en 1572, comme en témoignent l'écusson de ses armes à la clef de voûte dans une tourelle d'angle.

Cette inscription, gravée en creux, se voit au-dessous d'une image de Saint-Martin, sculptée en haut relief dans une niche, au milieu de la façade septentrionale du château. Martin de Custine y est représenté à genoux devant son patron. Ce pieux symbole de la charité, placé pour ainsi dire comme enseigne, sur la face principale du château, semblait dire aux passants : Frappez et on vous ouvrira.

Jean de Lambertie en devint propriétaire en épousant Jeanne de Custine, le 1er janvier 1641, et ses descendants le possèdent encore aujourd'hui.

La masse imposante du château de Cons domine le mamelon sur lequel il est bâti et la ville qui s'étend autour de lui. Sa façade septentrionale, entièrement construite en belles pierres de taille du pays, est remarquable à la fois par ses vastes proportions et par l'élégance de ses fenêtres de la Renaissance, au-dessus desquelles on ne voit plus que la place de nombreux écus blasonnés aux armes des illustres alliances des nobles seigneurs de Cons. Ces mêmes blasons se retrouvent encore dans un état de mutilation moins complet dans la galerie voûtée formant le vestibule du côté de la cour.

Le pignon qui termine l'aile orientale, du côté du Midi, offre des rampants taillés en gradins, garnis de statues représentant des arquebusiers en costume du temps de la Renaissance

Les faces du midi et de l'est sur la cour sont modernes, du siècle dernier; cette reconstruction partielle fut motivée par les désastres de l'invasion suédoise. La porte communiquant de la cour à la salle d'honneur, est monumentale et décorée de personnages allégoriques en haut relief. Cette magnifique salle, qui occupe toute la longueur de l'aile, est terminée à l'est par une petite abside en encorbellement faisant saillie sur la face orientale, qui permettait de la transformer au besoin en chapelle castrale.

La cheminée de cette salle présente un des beaux types de l'art de la Renaissance. Elle est construite en pierre blanche d'un grain très fin, venant probablement de la Meuse. Les chapiteaux, ainsi que les têtes saillantes de la frise du haut et les espèces d'écussons sans blasons, encastrés au-dessous des trois sujets sculptés de la face principale, sont en pierre grise d'une toute autre nature, ou peut-être même en marbre.

Ou lit sur deux écussons en marbre noir incrustés dans les faces latérales, à gauche : Dieu est mon espoir; à droite : Dieu est mon. confort. Trois autres écussons, également en marbre noir, portent des inscriptions donnant la description des sujets mythologiques sculptés sur la façade principale qu'ils accompagnent.

La gravure ne peut donner qu'une idée bien imparfaite de ce chef-d'oeuvre du XVIe siècle où l'on admire le fini des sculptures, la délicatesse des détails et l'élégance du monument dans son ensemble. La plaque de fonte dressée au fond de l'âtre porte la date 1670 ; elle montre les deux écussons accolés de Lambertie et de Custine, surmontés d'une couronne de comte, avec la devise : Fais ce que dois, arrive ce que pourra.

La frise courant au-dessous de la corniche de cette salle est décorée de peintures à fresque représentant une série de sujets de chasse et de scènes empruntées aux délassements du seigneur châtelain à la campagne.